Tasseaux de bois sur les murs : on en est où, honnêtement ?
Ils ont été la tendance déco la plus copiée de ces cinq dernières années. En 2026, les premiers signes de lassitude apparaissent. Faut-il encore oser les tasseaux, ou est-il temps de passer à autre chose ?
Il y a un cycle immuable en décoration. Une idée apparaît chez les architectes d’intérieur. Elle descend vers les magazines. Puis vers Pinterest. Puis vers les tutoriels YouTube. Puis vers les stories « DIY facile du week-end ». Puis vers les Airbnb. Et quand elle arrive dans les Airbnb, c’est généralement le signal que la fête est finie.
Les tasseaux de bois en sont à peu près là.
Comment on en est arrivé là
À l’origine, le tasseau mural répondait à un vrai besoin : donner du relief et de la chaleur à un mur plat sans engager de gros travaux. Verticaux, ils allongent visuellement une pièce. Ils cachent un mur abîmé. Ils créent une séparation légère entre deux espaces. Et surtout, ils se posent avec une scie, de la colle et un week-end libre.
C’est cette accessibilité qui a fait le succès — et le problème. Quand tout le monde peut le faire, tout le monde le fait. Et quand tout le monde le fait, plus personne ne le remarque.
Ce qui fatigue
Ce n’est pas le tasseau en lui-même qui lasse. C’est la répétition d’un même geste : tasseaux de pin brut, espacement régulier, posés derrière la tête de lit ou derrière le canapé. Toujours la même essence. Toujours le même rythme. Toujours le même endroit.
Le résultat : des milliers d’intérieurs qui se ressemblent. L’exact opposé de ce qu’on cherche quand on décore un mur — créer quelque chose qui nous ressemble.
L’autre reproche qu’on entend de plus en plus : la poussière. Les tasseaux créent autant de rebords que de lattes. Dans une chambre ou un salon, ça se couvre vite. Le nettoyage devient une corvée que personne n’avait anticipée.
Ce qui marche encore
Pour autant, enterrer les tasseaux serait aussi bête que les avoir mis partout.
Quelques usages restent pertinents et échappent à l’effet de mode :
Le claustra fonctionnel. Des tasseaux posés du sol au plafond pour séparer une entrée d’un salon, ou isoler visuellement un coin bureau. Là, le tasseau a une fonction — il ne décore pas, il structure. Et un élément fonctionnel ne se démode pas.
Le bois sombre ou teinté. Oubliez le pin naturel clair. Des tasseaux en chêne fumé, en noyer, ou simplement teintés dans un ton foncé changent radicalement l’effet. On passe du « DIY Pinterest » à quelque chose de plus affirmé, plus mobilier.
Le rythme irrégulier. Au lieu de l’espacement mécanique tous les 4 cm, jouer sur des largeurs et des espacements variables. Ça casse l’effet « clôture de jardin » et donne un résultat plus organique.
Les cannelures fines (fluting). C’est l’évolution naturelle du tasseau : des lattes plus fines, plus serrées, avec une finition plus travaillée. Le résultat est plus raffiné, plus architectural. On voit beaucoup de fluting en chêne blanc mat ou en noyer dans les projets haut de gamme de 2026.
Ce qui prend le relais
Deux alternatives montent clairement :
Les moulures et soubassements. Le retour du classique. Cimaises, moulures décoratives, soubassements à cadres rapportés — tout ce vocabulaire architectural qu’on avait oublié revient en force. L’avantage : c’est moins cher que les tasseaux (8 à 15 euros le mètre linéaire pour des moulures en polystyrène ou en MDF), ça se peint dans le ton du mur, et ça donne immédiatement du caractère à une pièce basique.
Le mix matières sur un même mur. Partie basse en boiserie ou soubassement, partie haute en enduit texturé ou en peinture contrastée. C’est le « tonal layering » que les designers anglo-saxons mettent partout en 2026 : superposer les matières dans des tons proches pour créer de la richesse sans chaos.
Le verdict Murmure
Les tasseaux ne sont pas has-been. Ils sont devenus banals — ce qui n’est pas la même chose. Un tasseau bien choisi (bonne essence, bonne finition, bon contexte) reste un outil puissant. Mais le poser par réflexe, « parce que c’est tendance », ne fonctionne plus.
Si vous hésitez encore : posez-vous une question simple. Si vous enlevez les tasseaux de votre projet, est-ce que le mur a toujours du caractère autrement ? Si la réponse est non, c’est que les tasseaux étaient la bonne réponse. Si la réponse est « je ne sais pas », c’est peut-être le moment d’explorer d’autres pistes.
Le mois prochain dans Murmure : soubassements — le guide complet pour choisir le bon style (victorien, contemporain, haussmannien) et poser soi-même.